DAVID THOMAS Un homme à sa fenêtre

Un homme à sa fenêtre de David Thomas (aux Éditions Anne Carrière) est un livre de 200 pages réunissant plus de 90 micro-fictions. Bienvenue dans cet univers kaléidoscopique où se côtoient beaucoup d’écrivains, beaucoup de pères, beaucoup de femmes en quête de bonheur etc…

Tout commence par un constat, presque banal, du quotidien, qui se transforme en quelques lignes en un fragment de l’histoire du personnage qui s’exprime. Par exemple, cet homme qui mange salement, trempe ses doigts dans la sauce, c’est le fils du narrateur. Ce dernier y décrit ce fils au travers duquel il ne se retrouve pas.

Ou prenez cette femme qui rêve d’emmener son mari à Venise. Elle explique qu’elle veut lui offrir un voyage de luxe, pas un de ces voyages au rabais. Alors elle doit économiser, encore et encore, pour faire ce plaisir à son homme qui… Nous, ne divulguons pas la chute de cette histoire.

Ces plus de 90 histoires nous démontrent d’une part le talent de David Thomas (talent de concision, talent de précision quant au choix des mots, talent de conteur également), d’autre part sa faculté à s’immerger dans la psychologie de ses personnages pour en tirer quelques fragments d’universel dans le microcosme de leur existence personnelle.

En quelques mots finalement (les histoires font deux pages à peu près en moyenne), nous sommes amenés à côtoyer hommes, femmes, enfants dans une partie de leur vie. Voyeurs, nous nous régalons du cocasse de certaines situations, même si la mélancolie rôde toujours aux abords. Mais jamais il n’y a de moquerie, non ! L’œil que pose l’auteur est tendre, certes mordant par moments mais jamais méchant. La tendresse est omniprésente, comme un bouclier protégeant l’ouvrage de glisser dans une forme de médisance de nos semblables.

Si le rire n’est jamais loin, les larmes ne le sont pas non plus. La micro-fiction possède l’avantage d’être directe, nous ne passons jamais par de longues descriptions mais la plume de David Thomas est à ce point affûtée que nous n’avons aucun mal à comprendre où nous sommes, ni pourquoi. Elle nous incite à l’introspection, à faire le bilan de nos vies sentimentales et professionnelles, à réfléchir au sens de tout cela.

Il y a, dans ces pages, pas mal de cynisme, d’absurdité (de celle de la vie, en général, à laquelle il est si facile de s’identifier), d’humour (souvent caustique), de poésie, d’amour (n’est ce pas cela qui fait tourner le monde ?), de défaitisme, de mélancolie, d’apitoiement sur soi ou au contraire de confiance en soi. Il y a surtout énormément de lucidité sur l’humanité, sur ses petits travers et ses grands rêves.

La vision de l’auteur est à ce point pertinente qu’elle évoque des vérités fondamentales dont chacun ferait bien de s’inspirer pour essayer de vivre mieux, en paix. Un homme à sa fenêtre est au final une belle cure d’optimisme parce qu’il montre l’être humain dans ce qu’il a de plus touchant et… d’humain, cela va de soi.

A propos de l’auteur : David Thomas est l’auteur de plusieurs recueils de micro-fiction (La patience des buffles sous la pluie, je n’ai pas fini de regarder le monde (Albin Michel), On ne va pas se raconter d’histoires (Stock), et de deux romans, Un silence de clairière (Albin Michel), Hortensia (Stock). Son dernier livre, Le poids du monde est paru en 2018 aux Éditions Anne Carrière (bientôt en poche chez J’ai lu).

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