ALISSA THOR Interview

Nous évoquons aujourd’hui le travail d’une artiste à la fois poète et peintre, dont le travail nous touche. Nous vous proposons donc de découvrir celui-ci, à travers une interview que nous vous dévoilons aujourd’hui) et une chronique de son recueil Les heures de battement (que nous publierons en début de semaine prochaine). Merci beaucoup à Alissa Thor de partager un peu de son temps et d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

alissa-thor-interview-artiste-peintre-poétesse-litzicLitzic : Bonjour Alissa. Tout d’abord, comment vas-tu ?

Alissa Thor : Bonjour Patrick. Je vais bien merci… toujours en mouvement.

L : Peux-tu te présenter rapidement, nous décrire ton parcours ?

Alissa Thor : J’ai 44 ans, je travaille à Rouen. Je fus pendant 12 ans professeur documentaliste à l’Éducation nationale. J’ai démissionné il y a 8 ans de cela pour ne faire qu’écrire et peindre. Après avoir été sur des rails pendant une grande partie de ma vie (études longues et variées – lettres et philosophie), j’ai pris les chemins de traverse avec plaisir et en pleine conscience de ce que je faisais.

 

L : De la peinture ou de la poésie, laquelle t’est venue en premier ?

Alissa Thor : Tout dépend de ce que l’on entend par « premier ». Lorsque j’étais enfant, je disais que je serai… poète. Et visiblement j’écrivais déjà à 7 ans : comme dédicace, Jean Tardieu avait mis sur la page de garde de son recueil « à ma jeune collègue »… J’avais dû lui apporter quelques textes (sourire) ! – même si je n’en ai aucun souvenir.

Mais j’ai aussi beaucoup été « empêchée » …Comme je le disais plus haut, j’ai fait des études de lettres, une classe prépa, une agrégation etc… le genre de choses qui amène à avoir un regard très critique voire ironique sur ses propres tentatives.

L : Le trop-plein d’études, justement, avec ses références multiples est-il un avantage ou bien plutôt un inconvénient ? N’est-il pas plus difficile de trouver sa propre voix?

Alissa Thor : Pour moi, très clairement, les études ont été – pour ce qui concerne l’écriture- un inconvénient pour trouver mon propre style. Mais cela m’est très personnel…Je pense, après 7 ans d’analyse psychanalytique (!), être allée faire des études de lettres parce que je voulais apprendre à parler. Je voulais me saisir du code dit COMMUN. L’expression, la solitude, la « communication » même si je n’aime pas ce mot sont autant d’enjeux vitaux autour desquels j’ai toujours tourné. )

Pour revenir à la question précédente, la peinture, c’est tout à fait autre chose. Cela date d’aussi loin ou presque (une tentative d’inscription à l’école Boulle après le collège) mais au final sans suivi dogmatique. Je suis une parfaite autodidacte. Sans doute grâce à cela, je me sens très libre, très guidée par mes tripes plutôt que par une quelconque technique. Je ne suis que mon instinct et je m’y autorise tout. Je ne m’y consacre que depuis récemment – depuis ce moment où j’ai quitté l’Éducation nationale.

L : Tes peintures sont, si je m’en réfère à ton site, expressionnistes. Penses-tu que ta poésie s’inscrit également dans ce mouvement ?

Alissa Thor : La peinture qui me plaît est expressionniste. De fait, c’est vers ce style que je me suis dirigée assez rapidement. Mais je ne m’y « tiens » pas, comme le voudraient bon nombre de mes camarades peintres expressionnistes. C’est un terrain d’expérimentation : si j’ai envie de faire de l’abstrait ou du figuratif plus réaliste… je le fais !

Ma poésie se rapproche, je crois, des écritures dites blanches, courtes, allant à l’os. Je cherche les moyens les plus simples pour dire les choses les plus essentielles, les plus intimes. Dans les deux cas, ce que je cherche, c’est la rencontre avec autrui… la rencontre provoquée par un coup au cœur, comme on dit, ou un coup de foudre… bref un endroit où le choc est important.

L : Ce besoin de voir ailleurs, de tenter de nouvelles choses en peinture, le ressens-tu également dans l’écriture, en essayant d’écrire autre chose que de la poésie?

Alissa Thor : Bien sûr. Il m’arrive d’écrire des embryons de nouvelles en prose ! Le problème, c’est qu’autant en peinture, je rajoute des couches, autant en écriture, j’en enlève (rires) ! Je n’ai pas de souffle, et pas non plus l’imagination de la narration. Au final, quelles que soient mes tentatives, je finis toujours par une forme courte…un poème.

L : Quelles sont, dans tes deux univers, tes références ou les artistes qui te touchent tout particulièrement ?

Alissa Thor : En poésie, il y a de grandes figures tutélaires – Jean Tardieu, René Char, Roberto Juarroz, Yannis Ritsos… il y en a trop ! Je lis aussi pas mal de poésie très contemporaine… et ici je suis obligée de citer Lili Frikh ou la poétesse grecque Kiki Dimoula.

Mais je porte le nom d’un personnage de Duras aux consonances très Carolliennes… (eh oui Alissa Thor est un pseudo !)…

En peinture : Bacon, Freud et Nicolas de Staël. Et puis plein plein de collègues que je côtoie dans les festivals… La production française picturale est très réjouissante si l’on veut bien quitter les grandes institutions (Hubert Duprilot, Nathalie Collange, Jean-Michel Miralles, Nicolas Cluzel, Aurore Levasseur, …Je ne peux pas tous les citer !)

Quelles sont, d’une manière plus générale, les artistes qui te font vibrer ?

Alissa Thor : Les artistes qui me parlent sont ceux qui provoquent une émotion. Une émotion qui n’est pas lyrique, qui n’est pas « bon sentiment », « joli ». Je cite souvent une phrase de Nicolas de Stael « il n’y a rien de plus violent que la douceur »…

L : Pour revenir à l’une des premières questions de cette interview, tu dis avoir démissionné il y a huit ans pour te consacrer uniquement à tes deux activités. Aujourd’hui, regrettes-tu ce choix ? Est-il dur à porter, notamment auprès de proches qui ne comprennent pas forcément ce choix de vouloir vivre de son art ? T’épanouis-tu dans cet univers professionnel ? Arrives-tu à en vivre de façon convenable ?

Alissa Thor : Je ne regrette absolument pas d’avoir quitté l’Éducation nationale ! Je n’y reviendrais pas pour tout l’or du monde. Je craignais de m’isoler en le faisant (j’aurais facilement une tendance à jouer les ermites avec peinture et stylo) et c’est tout le contraire qui s’est passé. Je n’ai jamais autant fait de « vraies » rencontres que maintenant. Alors, il est certain que financièrement ce n’est pas tous les jours faciles… mais lorsque je regrette de ne pas avoir choisi cette voie plus tôt (j’entends une école d’art par exemple comme études plutôt qu’une prépa littéraire), je suis aussi contente d’avoir quand même une assise financière : avoir été prof doc m’a permis d’acheter mon appartement etc… et de ne pas me sentir contrainte dans mon travail artistique. De ne pas faire de l’art alimentaire (j’ai pu par exemple renoncer à faire des marines qui se vendaient très bien).

L : Quels sont tes projets à venir, à plus ou moins long terme ?

Le plus important est une expo personnelle à Paris le 16/17/18 mai à l’Espace 7 rue Saint Sabin à Paris. Le samedi 18 sera aussi l’occasion d’une après-midi poésie, avec 3 autres poètes : Nicole Barré, Laurence Bouvet et… Lili Frikh ! L’expo s’appelle « Figures Imposées » et la partie poésie (dont la médiation sera assurée par Anita Lenglet et le cercle psychanalytique freudien de Paris) « qui fait l’ange fait la bête »… un beau programme, non ?

En attendant, je prépare le catalogue de l’exposition au Livre d’art et j’ai lancé un KisskissBankBank pour le financer, avec des contreparties peintures à petits prix ! C’est ici : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/catalogue-peinture-alissa-thor-2019

L : Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

Pouvoir continuer de faire ce que j’aime.

L : Merci beaucoup pour tes réponses. Pour en découvrir davantage sur le travail d’Alissa, allez jeter un petit coup d’œil sur son site ICI

une autre interview ? Arnaud Martin

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